Histoire de la lutte

Dans le cycle de nos jeux populaires, la lutte à la culotte ou lutte suisse occupe une place d’honneur. Elle symbolise, plus que tout autre jeu, nos vertues nationales: le courage et la force qui ont fait le prestige de notre pays. La lutte est aussi le plus ancien des jeux nationaux et elle a su conserver depuis des siècles, et jusqu’à nos jours, son caractère original. Aussi veille-t-on jalousement au maintien de cette tradition qui s’entoure d’une sorte d’auréole patriotique et, en y demeurant fidèles, nos compatriotes à l’étranger ont le sentiment très profond de manifester leur fidèle attachement à la mère patrie.

La formule allemande « Ringen und Schwingen », que l’on rencontre fréquemment dès la Réforme, indique que dans l’ancienne Confédération, on distinguait deux formes de lutte. Si la saisie de l’adversaire par les habits, typique du Schwingen, apparaît déjà sur des illustrations du 13ème siècle, la « lutte à la culotte » en tant que forme de lutte spécifique à la culture des bergers d’alpage n’est attestée que depuis 1600 environ.

Il n’est probablement point de terre sur notre vaste monde où l’on ignore le combat singulier, d’homme à homme. L’histoire nous enseigne que dans la Grèce antique, et avant l’ère chrétienne, on voue une attention toute particulière au développement physique de la jeunesse, et qu’à cette époque déjà, la lutte était considérée comme un excellent moyen d’éducation: la jeunesse y était initiée dans les écoles par des lutteurs réputés. Pour nous en Suisse, nous ne savons pas d’une manière précise quand et où a pris naissance notre vieille lutte nationale, et qui lui a donné son style actuel. Nous savons seulement de manière certaine qu’elle est pratiquée depuis des siècles dans nos vallées alpestres de l’Oberland et dans les régions montagneuses de l’Emmental, de l’Entlebuch, de la Suisse centrale. Connus dans la partie francophone du pays sous la dénomination de « lutte » ou de « lutte suisse », ces jeux avaient aussi lieu dans la région limitrophe entre les cantons de Fribourg et de Berne, leur pratique s’étendait donc à une partie de la Suisse romande.

C’est de ces joutes au caractère éminemment simple que découle notre lutte à la culotte d’aujourd’hui. Certaines prises et certains coups deviennent peu à peu usuels. Cela est si vrai que certaines dénominations de prises portent encore, comme le « Brienzerschwung », le nom de la région qui les voient naître. A intervalles réguliers et à dates déterminées, on dispute en des endroits bien situés des concours de lutte suisse et de jet de pierre entre les différentes vallées alpestres. Ces concours ne tardent pas à se transformer en vraies fêtes populaires, où jeunes et vieux se réjouissaient au spectacle de la force et de l’agilité de leurs lutteurs les plus forts et les plus courageux. Certaines de ces fêtes historiques comme celles du Napf, de la Lüderen, du Rigi, du Brünig et du Lac noir sont restés maintenues.

Vers 1750 enfin commencent à Berne, les célèbres fêtes du lundi de Pâques, où les plus fameux lutteurs bernois livrent des batailles homériques aux montagnards des Alpes voisines. Les chroniques racontent ces luttes passionnantes. On y relate des passes captivantes au cours desquelles les jeunes héros devaient parfois s’incliner devant des adversaires à barbe grise, moins agiles peut-être, mais dont la force herculéenne s’aidait d’une science classique et traditionnelle déjà. Certaines figures devenues légendaires vivant encore dans le souvenir du peuple. Deux manifestations qui sont passées dans l’histoire furent célébrées en 1805 et 1808 à Unsprunnen près d’Interlaken.

Le « Berner Schultheiss » von Mülinen, l’organisateur de ces manifestations, déclarait avec raison que « le jeu primitif des bergers constituait le meilleur moyen de restaurer l’esprit national». En effet, à cette époque de profond avilissement, de querelles intestines et de désunion du Pays, le renouveau de ces jeux de pâtres, devait jouer un rôle éminemment patriotique. La conscience de soi-même du peuple suisse s’en trouva fortifiée et grandie. C’est de cette manifestation que provient la pierre d’Unsprunnen lourde de 83,5 kg et qui est encore jetée fidèlement à nos fêtes de lutte d’aujourd’hui. Ce n’est qu’au milieu du siècle passé que la lutte, jusqu’alors apanage des bergers, trouva, grâce à la force de pénétration du mouvement de la gymnastique, accès dans les villes et dans la plaine. Les gymnastes se joignirent aux bergers. Ils n’étaient que quelques-uns au début et, ignorant presque tout de la lutte, ils n’étaient pas de force à tenir tête aux bergers. A cette période, il n’y avait aucun manuel de lutte. Elle se transmettait de père en fils.

En 1864, le Dr. R. Schärer, initie des gymnastes à la lutte ; celle-ci ne tarde pas à se développer sur le plateau suisse, au point que les gymnastes deviennent un danger pour les bergers. On imagine plus aujourd’hui des fêtes de quelque importance sans ce contraste. La lutte y a beaucoup gagné, c’est indiscutable surtout au niveau de la technique. Certains trucs et techniques se sont faits surtout grâce à la lutte libre. Il faut dire que lors des grandes fêtes, les spectateurs sont très nombreux. Les spectateurs sont toujours des connaisseurs qui applaudissent pour une jolie prise ou pour une sortie spectaculaire d’un lutteur malmené. Lors de la fête fédérale, la finale est toujours le moment le plus attendu surtout pour son silence lors du combat.

        

Premières images de la lutte suisse

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